SURF A LA REUNION : UNE CAUSE PERDUE ?

Spot de Santana, Ile de la Réunion, février 2017. Alexandre Naussac se fait sauvagement dévorer par un requin, à cinq mètres du bord. C’est la 20ème attaque en six ans. La peur s’est installée chez les surfeurs, baigneurs, windsurfers, kayakistes… Les politiques, plutôt que de gérer ce qui est désormais appelé « La Crise Requin », préfèrent interdire l’accès à l’Océan. On a pourtant laissé se propager une espèce de requins agressifs et tueurs d’hommes : les Bouledogues. Nourris par la réserve naturelle, non menacés par la pêche, ils se multiplient de manière exponentielle, en toute quiétude. Les lobbies écologistes ne veulent pas entendre parler de la moindre régulation des Bouledogues. C’est le poisson contre l’homme. Un symbole. Le roi de l’océan contre les saltimbanques surfeurs. Et pour le moment, les 20 drames recensés n’ont pas soulevé une once de compassion ni de réflexion de la part de la frange verte. Le surf à la Réunion est-il définitivement mort ?

Par Franck Oddoux.
Photos : Ian McDonnell, Urnervisual, Ian 600F.

 

Combien de morts faudra-t-il ? Combien de corps déchiquetés par des requins ? Combien de personnes dévorées et transformées en vulgaires proies faudra-t-il dénombrer pour qu’un sursaut dans les consciences s‘opère ? La Réunion n’en finit plus de s’endeuiller.
Au vu des réactions hystériques des EGOlogistes, SS en tête (on les reconnaitra), du silence assourdissant des autorités, on s’oriente une fois de plus vers la conservation du statut quo actuel qui provoque des morts à la chaine.
Même l’intervention fracassante de Kelly Slater, multiple champion du monde de surf, écologiste convaincu, dont les mots appellent à une régulation du nombre de certaines espèces de requins qui prolifèrent de manière anormale (requins Bouledogues essentiellement) n’ont pas suffit. Pourtant son revirement a été spectaculaire et inattendu, on peut même ajouter : mûrement réfléchi. On ne peut pas l’accuser d’avoir pris sa décision sur un coup de tête ou sous le poids de l’émotion, lui l’écolo pur jus.
L’hystérie collective s’est déchainée contre lui, il a du s’expliquer, se justifier. Il a perdu en aura aux yeux des foules ce qu’il a gagné en franchise au regard des amoureux des sports nautiques. Si une icône comme lui ne suffit pas à renverser la folie des fanatiques écologistes, personne ne pourra la faire. Triste constat. Le plus rageant c’est que les positions des surfeurs et des lobbys de protection de la nature ne sont pas éloignés, tous ont la préservation et le respect de la nature chevillés au corps. L’idée n’est pas d’exterminer les requins ou une quelconque espèce de requin mais de revenir à un certain équilibre dans la population de Bouledogues qui ont proliféré sous le couvert, notamment, de la réserve naturelle, véritable garde-manger pour des prédateurs de plus de trois mètres de long qui ne font pas le distinguo entre poisson et humain.

 

 

TOUS DES ÉCOLOS POLLUEURS EN PUISSANCE
La cause du surf à la Réunion est aussi perdue car sociologiquement, le citoyen ne peut plus entendre des mots comme « chasse », « régulation d’espèces ».
Le « sentiment » d’écologie (on ne parle pas ici des actes écologiques qui consistent à véritablement respecter la nature) a contaminé toutes les couches sociales. Du haut des villes, on trie ses poubelles, on mange bio par peur du cancer, on éprouve une empathie spéciale pour les baleines, les dauphins, les ours, les loups alors qu’on laisse crever des SDF à sa porte. On intègre l’idée d’écologie dans sa vie en roulant avec des voitures électriques rechargées par des centrales nucléaires et on n’hésite pas un seul instant à prendre des billets d’avion pour l’autre bout du monde pour aller faire un trek au Tibet et se gargariser d’humanité et de spiritualité. Chacun a ses propres raisons d’avoir un train de vie proche de la goinfrerie, moi le premier.
Mais les principes, la bonne conscience permettent de s’acheter un semblant de virginité verte, c’est très pratique : on va lutter pour la défense d’une zone naturelle menacée, on va faire un don à SS aux actions coups de point dont l’héroisme et l’engagement de façade flattent l’égo et l’inaction quotidienne des urbains empêtrés dans leurs contradictions (« consommateur » versus « citoyen »)… On va s’insurger à la simple idée que l’on puisse seulement envisager la pêche de quelques requins Bouledogues sur ce petit caillou qu’est La Réunion. Les morts, les familles dévastées par ces dévorations, le désastre économique que représente la crise requin pour l’île, la partie française la plus touchée par le chômage, ne donnent pas l’once d’un regret, d’une interrogation dans l’esprit des écologistes. Ce mouvement vert est militant, comme tout militant, la frontière de la logique et de la vérité est tracée par leurs propres soins : le monde doit se plier à leur vision. On avance souvent l’expression de Khmers Verts, on n’est pas loin : le sang et les cadavres sont là, par la faute de l’idéologie. Un certain Watson se fait appeler « captain ».

NÉO-ÉVANGÉLISTES VERTS
La folie de l’Armée des Douze Singes peut-elle opérer un retour à la raison et accepter, dans le cas de la crise requins les solutions limpides, logiques que les esprits informés demandent à corps et à cri depuis une éternité : la régulation des Bouledogues ? La réponse est non. Le spectacle affligeant de la pollution, du gâchis, de la disparition de certaines espèces dans le monde provoque chez les sympathisants verts un blocage mental irréversible. L’intransigeance n’est pas une posture chez eux, c’est une règle, une obligation, une mission morale : il ne faut rien lâcher, ils sont désormais les soldats verts, les garants du futur de l’humanité, les néo évangélistes. L’homme est le grand Satan. Abreuvés par une propagande ciselée, ils occupent tous les terrains, épaulés par les politiques à l’affût de quelques voies. Ils ont su infiltrer le monde scientifique qui offre une caution en apparence indiscutable à leur discours catastrophiste. C’est désormais la dictature de la fleurette contre le progrès, le requin contre l’humain. Les saltimbanques de surfeurs n’ont plus rien à faire dans l’aquarium privé des squales. La question d’une réserve naturelle plantée, imposée, sur les plages de la Réunion ne se discute plus. On y élève les Bouledogues (une femelle met au monde environ 70 petits requins tous les deux ans…), nourris par la réserve véritable garde-manger…
Juste à côté, les plages, les spots de surf, des endroits paradisiaques où l’on ne met plus les pieds dans l’eau. Tristes tropiques.

 

 

ET SOUDAIN, C’EST LE CARNAGE…
Les ailerons guettent, il ne se passe rien pendant des mois et soudain, c’est le carnage : l’imprudent qui aura cédé au plaisir de la baignade ou du surf se fait happer par un monstre de trois mètres. Au mieux il en réchappe (peut-être) avec un membre arraché, au pire (mais ne vaut-il pas mieux mourir ?), il se fait hacher par les mâchoires tueuses et meurt en ayant nourri un squale. Même les kayakistes ne sont pas à l’abri. En 2011, au cap la Houssaye (Saint Paul), un requin tigre se lance sur l’embarcation, la mord avec rage. Le kayakiste n’a dû son salut qu‘aux coups de pagaie qu’il a donné sur le museau de la bête enragée qui s’est alors acharnée sur les restes de bateau…

NOS ESPACES NATURELS NOUS ÉCHAPPENT
Des espaces naturels entiers sont en train de nous échapper, pour donner bonne conscience aux citoyens pollueurs. Il est moins facile de s’attaquer aux vrais problèmes, beaucoup plus commode de s’acharner sur des symboles dont la fameuse régulation de certains requins. La frénésie de la protection gagne la planète, spécialement les lieux où les pays où la bien-pensance peut s’exercer sans trop de heurts : Afrique, Asie… On ceinture, un met sous cloche, on interdit, on ferme à tour de bras : les réserves naturelles, les parcs, toutes les zones labéllisées, estampillées « vertes » se multiplient, à grands renforts de subventions, d’appuis politiques et surtout de lobbying écologique. Polluez tranquille en Occident, mais ici, dans ces espaces, ces ersatz de nature originelle, on vous dit que l’homme n’a pas sa place et on verbalise. Des populations entières sont ainsi dépossédées de leurs territoires et doivent se plier aux cerveaux verts qui redessinent leur cadre de vie. Sous couvert d’un retour à l’équilibre écologique, les déséquilibres sont complets. Plus de droit de pêche, interdictions multiples et variées… Pour revenir à la Réunion, les gens du parc pulvérisent même du désherbant en combinaison intégrale et masque dans le cratère du volcan car une plante a l’outrecuidance de pousser dans ce biotop, elle n’aurait rien à y faire… On espère que ce n’est pas du Roundup !

BONNE CONSCIENCE…
Une certaine écologie bornée a l’appui des politiques mais aussi des scientifiques qui trouvent là un terrain pour asseoir leur pouvoir et absorber les subventions de recherche, jouer les apprentis sorciers grandeur nature. C’est ce qui s’est passé à la Réunion : on a joué avec l’écosystème en créant la réserve naturelle, en réalisant trop tard que les requins se sont multipliés de manière exponentielle. Le déni est total, il faut selon eux continuer dans le même sens, reconnaître l’échec de cette politique leur est inconcevable.
Le désastre économique et surtout humain n’est pas dans leur spectre de vision ni dans leur logiciel de compréhension, entendez, comme à la grande époque soviétique, ils œuvrent pour le bien de l’humanité (mais elle ne le sait pas encore). La vie d’un poisson a plus de prix que celle d’un humain.

LES SURFEURS NE SAVENT PAS SE DÉFENDRE
Donc le surf à la Réunion est mort. Pour de longues années. Les surfeurs, assis sur la branche du bonheur de la glisse ne sont pas structurés pour lutter face à la machine, au rouleau compresseur de la communication des grandes associations de protection de la nature. Ces dernières sont des expertes en marketing, ce sont des machines redoutables pour travailler une opinion publique, pour lancer des campagnes de sensibilisation imparables (qui oserait défendre encore la pêche à la baleine ?). SS a même réussi à retourner en deux jours Kelly Slater qui avait pourtant déclaré être pour la pêche raisonnée des requins Bouledogues de la Réunion. Rebondissement, SS annonce que Kelly Slater revient sur ses propos et ne souhaite plus du tout que l’on sorte de l’eau certains monstres qui ont pourtant dévoré ses potes surfeurs. Incroyable ! Il a fait son autocritique comme au temps des maoïstes. Ça en dit long sur la puissance de cette organisation et sa mainmise symbolique sur les esprits.

LES ATTAQUES VONT SE MULTIPLIER DANS LE MONDE
Alors, existe-t-il une solution ? Va-t-on pouvoir un jour retrouver le chemin de l’océan sans risquer de servir de pâtée à poisson ? Cet horizon semble pour le moins lointain pour la Réunion. Mais ce qui va se passer dans les prochaines années au niveau mondial, risque de faire basculer l’opinion publique vers une vision plus nuancée du requin roi de l’océan, à protéger absolument. Les réserves naturelles fleurissent sur les littoraux, les attaques se font plus fréquentes, et des pays commencent à sérieusement se poser des questions sur la présence trop marquée de Bouledogues sur les plages : de Recife (Brésil), aux Seychelles, à la Polynésie, à Hawaii (encore une attaque à Hookipa cet automne), les observateurs s’inquiètent… L’Afrique du Sud et l’Australie qui avaient jusqu’à ce jour plutôt bien géré le risque grâce à des filets et l’usage de drum-lines (pêche sélective) se voient obligées de baisser la garde sous la pression écologiste. Le risque augmente. Quand la clientèle touristique, quand certains happy few vont se faire dévorer de plus en plus fréquemment devant les plages, les décisions vont rapidement s’imposer d’elles mêmes.
D’ici là, dans le monde, il faut, avant de se mettre à l’eau, se poser les bonnes questions sur le risque requin. Questions qui malheureusement ne se posent plus à la Réunion, victime d’apprentis Frankenstein qui ont laissé s’échapper des créatures mangeuses d’hommes. Il faudra aussi durant de longues années (avant que l’opinion publique n’évolue) supporter l’hypocrisie généralisée d’une écologie superficielle dont le but non avoué est de donner bonne conscience. « Préservons à tout prix les Bouledogues mais polluons en paix », même si les amoureux des océans que sont les surfeurs paient le prix en litres de sang et cadavres.

UP