XTERRA MAUI : finale super HOT
Christophe Maury a participé cinq fois au championnat du Monde Xterra, ce triathlon emblématique qui mixe natation, VTT et trail. Une épreuve qui va à mille à l’heure, qui demande de solides qualités d’endurance et une aisance en tout terrain. Christophe nous raconte la finale, sa finale. Comme si on y était. C’était à Hawaii, sur l’île de Maui exactement : un paradis sur terre… et sur mer pour sportifs.
Par Christophe Maury
Photos : Mike Adrian/XTERRA & Jesse Peters/XTERRA
Réveil aux aurores. La nuit n’a pas été dès plus sereine. Le stress. Immuable. Incontournable. Les quelques jours précédent ne suffisent que très rarement à éponger ce stress. Pas plus qu’une 5ème participation consécutive. Peut être aussi et justement parce que d’y avoir déjà participé permet de savoir que ce Championnat du Monde sera encore une fois hors-norme.
Les jours précédents ont été plus que pluvieux. Terrain humide et gras. Terre collante. Trail glissant. Mais ce matin, c’est tout autre chose.
La zone de transition, mise en place sur cette immense pelouse sans zone d’ombre fait vite comprendre qu’il va faire chaud, très chaud. La dépose matériel est « studieuse » pour tous les concurrents. Le show à l’américaine vécu lors de la soirée de présentation d’hier, laisse place à une toute autre ambiance. Premiers mots courtois avec les amis. Ambiance presque feutrée malgré les annonces micro à l’américaine. Pas vraiment envie de rajouter du bruit à du bruit. Plutôt l’envie de se rassurer en préparant minutieusement sa place. Chaleur accablante. Il n’est que 9h30 et le plus long reste à venir.

UNE COURSE MYTHIQUE
Championnat du Monde. XTerra. Maui. Hawaii. Des mots qui claquent et résonnent dans la tête de tout athlète, de tout triathlète. Oui, le triathlète qui ne rêve que d’une chose : solliciter « Mother Nature », lui demander d’être clémente aujourd’hui et qu’elle accepte de laisser le triathlète aller au bout de ses rêves, au bout de son rêve : franchir cette fichue ligne d’arrivée.
Prendre le départ de cette course, mythique et souvent surréelle, permet à chacun de se retrouver, seul, en face à face avec soi même. C’est bien là le paradoxe. Une course avec plus de 800 athlètes au départ, où l’on est souvent seul. En même temps, seul on ne peut pas réussir. Et c’est bien en gardant en mémoire tous ces gens qui accompagnent (à distance) que l’on peut réussir.
Il y a souvent des événements qui construisent les hommes. Il y a parfois des événements qui « changent » les hommes. Le Championnat du Monde XTerra change un homme. Hawaii y est pour beaucoup. Certes parce que la destination laisse imaginer des paysages paradisiaques, des plages splendides, des références télévisuelles (Hawaii 5-0, Magnum, Hawaii Police d’état pour la culture de masse !), une végétation luxuriante, l’attrait du volcan, mais aussi et avant tout parce que les gens qui vivent là bas (dans ce iles perdues au milieu de l’océan Pacifique) sont d’une gentillesse qu’à bien des égards il serait bon de copier-coller. Toujours prêts à rendre service, simplement, gratuitement (la encore un paradoxe sur ces iles où tout est démesurément onéreux). Le shaka comme leitmotiv.
Voilà pourquoi ne serait-ce que participer au Championnat du Monde XTerra ce doit d’être vécu comme un moment de partage, comme un moment unique et captivant qui reste à jamais gravé au plus profond de soi.
Pour la petite histoire, le Championnat du Monde XTerra c’est 1 mile de natation puis 20 miles de VTT et enfin 7 miles de Trail. Mais ça, c’est juste pour la petite histoire.
La vraie de vraie, la grande histoire, c’est bien plus que cela.

PASSER LES VAGUES, DESSOUS… DEDANS…
La plage est bondée de spectateurs, tous plus effrayés les uns que les autres par les vagues qui déferlent. Place donc à l’analyse des conditions de départ. Cette année, ce sera 4 ou 5 vagues à passer. 100 premiers mètres où certains reculent plus qu’ils n’avancent. 4 ou 5 vaguent à passer, dessus-dessous-dedans, et s’extirper petit à petit pour trouver des eaux plus calmes. Dommage, moi j’aurais bien voulu que cela secoue un peu plus encore. Presque trop facile cette année.
Dans peu de temps, cette fois-ci, spectateurs et coureurs vont être surpris, effrayés et vont tous sursauter au coup de canon; synonyme de départ. Il pète fort le canon. Et plusieurs fois en plus. Et oui parce qu’avec le départ par « vague » et vu mon grand âge, j’ai le temps d’en entendre des coups de canon.
Sortie à l’australienne. C’est bien de savoir surfer. Si tu captes une vague au bon moment, tu avances de suite de 50m minimum et sans efforts. C’est bien juste avant les quelques foulées sur la plage avant de repartir dans la mousse pour la seconde portion de natation. Il y a toujours ces quatre ou cinq vagues à franchir.
Sur cette deuxième portion de natation, je fais le choix de nager en crabe pour contre carrer les quelques courants. Peut-être plus approprié de dire « nager en tortue » vu que c’est l’animal emblématique d’Hawaii mais l’expression n’existe pas. Dommage. En Hawaiien, on dit Onu pour tortue.
CHALEUR ACCABLANTE
Récupérer son VTT, cela se mérite. La transition natation-VTT se fait au bénéfice d’une petite section de course à pied ; un faux plat montant. Je pense à prendre des repères pour la fin du Trail car on va repasser par cette section casse pates.
Une bonne mise en jambe avant le parcours VTT. D’autant que le début est brutal. Une succession de up & down où le cardio prend cher. Les quadris vont emmagasiner du lactate. Histoire d’avoir quelques « sensations » pour les montées interminables qui vont suivre. La chaleur est étouffante. Pas d’air cette année. Pas d’ombre. Du soleil, un terrain sec et roulant. La sueur qui pique dans les yeux sur toutes les montées à enchainer. Hydratation obligatoire. Bien différent des jours précédents et de cette boue collante (limite terre glaise) et du fort degré d’humidité dans l’air. Aujourd’hui, rien de tout cela : vraiment rien de comparable. Impossible de faire passer le coup de chaud ressenti dès le parc à vélo. Rien n’y fait. Le changement climatique radical est le plus fort et a raison de mon organisme. Au moins sur cette première moitié de parcours. Stratégie quand tu nous tiens. Je fais le choix de tout lâcher : tout. Pleine vitesse. Attention danger. Il y aura bien quelques frayeurs. La reconnaissance du parcours m’aide. J’ai l’impression de connaitre le moindre virage, le moindre caillou, la moindre variation du terrain. Un régal absolu. Objectif : prendre du frais avant de finir sur le single twisty (pur régal pour celui qui sait danser avec son VTT). Le profil montées sèches courtes, relances perpétuelles, changements de vitesses incessants … nickel, tout ce que j’aime. Je prends plaisir. A fond.
APRES LA PLAGE : LA DELIVRANCE !
Place au trail, scindé en deux portions. Un coup de cul monstrueux au départ puis un slalom joueur au possible. Je suis HS. Plus de jus. Le mental me fait progresser. Je n’ai qu’une envie, rejoindre la plage. Pas pour faire bronzette, mais parce que cela sera la délivrance.
Parce ce que terminer une course mythique doit pleinement se mériter, ce sont donc deux lignes droite pour finish : une sur la plage de sable blanc, puis virage à gauche, et une ligne droite sur la pelouse (le célèbre faux plat montant).
Au bout de tout cela, cette fichue ligne d’arrivée. Des émotions à en pleurer. Le speaker. Les spectateurs. Et toi dans ta bulle à penser à ceux qui te suivent à distance, à tes proches, à tes amis. Tes proches restés en France; en même temps si loin de toi à ce moment là. Tes partenaires à qui tu as envie de dire merci milles fois. Parce que seul, on ne peut réussir un Championnat du Monde. C’est bien une histoire humaine et collective. Un projet qui se construit autour d’une passion commune. On construit ensemble cette aventure. Avec ces « gens de l’ombre » qui te font confiance, de manière indéfectible.
Voilà donc pourquoi, on veut tous y retourner. Par plaisir. Par passion. Parce que c’est beau un Championnat du Monde XTerra.
Christophe MAURY XTerra Warrior 2014
Champion d’Europe XTerra AG
4 fois Vice Champion d’Europe AG
5 participations consécutives au Championnat du Monde XTerra
Transamericana avec Rickey Gates











































































































































































