A TOI, WATERMAN RÉUNIONNAIS…
Plage de Mataiea, Tahiti. La lumière dorée de fin de journée drape ce lieu paradisiaque. Des gamins jouent dans l’eau, des femmes aux longs cheveux noirs, des déesses aux corps sculptés, nagent un peu plus loin. On dirait une scène de la Ligne Rouge de Terrence Malick : parfum d’Eden. Des kids font les fous sur des stand up paddle : une fois debout, une fois dessous, dans de grandes éclaboussures ludiques ! Au bout de l’avancée rocheuse, un pêcheur à moitié immergé s’arme de patience pour piéger une proie. Plus loin, une pirogue traditionnelle fend l’eau, les coups de rame suivent un rythme impressionnant. Tous sont en pleine eau, sans souci apparent de sécurité.
Le fils d’un ami tahitien participe au waterman kid de Polynésie. Agé d’à peine 13 ans, il sillonne l’immense baie d’O’ponua tout seul, sur son paddle. Il nage aussi, ses muscles ont pris du volume, il a acquis un « swimmer trunk » comme on dit en anglais. Il est costaud, carré, en pleine santé, serein, pétillant. Heureux de vivre l’océan. Un équilibre. Une osmose.
« Comment cette île s’est-elle fait déposséder de son océan ? Comment en est-on venu à une telle situation ? »
Quel contraste avec la Réunion ! Quelle amertume, rage, injustice je ressens quand je pense aux plages du grand ouest réunionnais. Interdiction de baignade, de sports nautiques. 21 attaques de requins, 9 morts. Adrien, vient de se faire dévorer. La nouvelle a fait le tour du monde. Sa passion du bodyboard a été payée d’un prix inadmissible.
Comment cette île s’est-elle fait déposséder de son océan ? Comment en est-on venu à une telle situation ? Pourquoi les kids réunionnais et les autres ne peuvent plus mettre un pied dans l’eau à l’exception de deux lagons, dont un fermé (Saint-Pierre) et l’autre ouvert sur une passe (Trou d’Eau) où rode désormais un jeune requin bouledogue ?
Pourquoi une culture de l’océan ne s’est-elle pas développée ? Bien sur, l’île est avant tout une montagne. Ses eaux n’ont jamais été réputées très safe. Mais dans un passé pas très lointain, quelques bons réflexes avant de se mettre à l’eau, certaines règles à respecter suffisaient à vraiment limiter le risque. Aujourd’hui, c’est quasiment suicidaire de tremper un pied et de jouer les Hawaiens ou les Tahitiens. La cote ouest est devenue un trésor déserté. Les vagues world class déferlent sans surfeurs. Les traversées en paddle, les swim run, la natation, l’apprentissage de la Glisse des Dieux aux gamins sont devenus des mythes inaccessibles.
Pourtant quoi de plus beau et d’excitant que son premier take off ? Un instant suspendu, une fulgurance qui change parfois une vie entière : comme ses premiers virages en poudreuse, son premier décollage parapente, l’exploration du corps de sa première copine… Mais ces sensations divines sont incomprises et inconnues du vulgum pecus qui ne met pas un pied dans l’eau à la Réunion. L’homme de la rue ne comprend pas cette passion dévorante du surf, qui fait prendre des risques qu’il juge crétins. Et d’entonner le prêt à penser qui se répand sur tous les réseaux sociaux, comme une vérole : « c’est interdit, ils n’ont pas à surfer », « ils se font bouffer, tant pis pour eux », « l’océan est le territoire du requin »…

Dans l’avion, message du stewart : « nous rappelons que pour des raisons de sécurité, il est strictement interdit de se baigner à causes des attaques de requin ». Unique au monde !
Les watermen réunionnais sont condamnés à s’expatrier (beaucoup l’ont fait) ou à mettre leur passion sous éteignoir et trouver d’autres sensations, dans le trail par exemple, ou le zamal homéopathique pour oublier.
Leur choix de vie est désormais dicté par des technocrates écologistes, des politiques, des militants écologistes, un panier de bien pensants tordus, arc-boutés au maintien d’une réserve naturelle qui attire et nourri les requins bouledogues qui prolifèrent tranquillement. Ils s’accrochent à leur fond de commerce idéologique et financier. L’homme contre le poisson, à moins que ce ne soit l’inverse ? Pour ces affairistes de l’écologie soutenus par des associations dites « vertes », hors de question de « réguler », c’est à dire de reprendre la pêche et de diminuer le nombre de bouledogues de 300 kilos qui tournent autour de l’île. Position scandaleuse, illogique, idéologique, criminelle au regard des morts que cela a provoqué et au désastre économique que cela entraine sur une île ravagée par le chômage : le territoire le plus touché de France. On ne rattrapera jamais les millions envolés chaque année d’une industrie touristique assassinée. Mot de bienvenue dans les avions qui atterrissent à Saint Denis : « nous rappelons que pour des raisons de sécurité, il est strictement interdit de se baigner à causes des attaques de requin ». Unique au monde. Ou comment saborder une filière touristique en une phrase.
« Partout dans le monde, quand une espèce devient invasive, on réagi »
Circulez, nos amis du « polit buro vert » touchent subventions, aides, emplois et sont bien planqués, suffisamment pour imposer leurs vues au reste de la population. Merci pour le terrorisme intellectuel. Quel sida mental a touché l’île ? A Tahiti, malgré l’immense respect du peuple polynésien pour le dieu requin, on le pêche, on le respecte, on le maintien à distance en cas de risque d’attaque, on nage avec lui quand l’espèce est inoffensive. L’important c’est l’équilibre, que l’homme et le poisson cohabitent. A Tahiti, les locaux ont assez de caractère pour ne pas s’en laisser imposer par la lointaine France. Ils maitrisent leur destin quitte à ne pas accepter certaines aides sonnantes et trébuchantes.
A la Réunion, les bouledogues verts ont fait le hold up du siècle sur les eaux bleues. Partout dans le monde, quand une espèce devient invasive, on réagi, on fait des battues de sangliers quand ils dévastent les cultures, on chasse les chamois quand devenus trop nombreux, ils contractent des maladies. On gère les ours et les éléphants qui mettent en péril la vie des humains. A la Réunion, rien de tout ça. Pas de discussion, pas d’issue. Les surfs, les paddle prennent la poussière ou sont transformés en étagères au fond des garages. On pense aux morts et on attend le nom de la prochaine victime avec fatalisme.
« Souvenons-nous de tous ces gens, ces organisations, ces politiques, ces responsables de parcs quand nous allons voter »
L’océan est devenu un décor, sans vie, juste bon à servir d’appât grâce aux photos des brochures touristiques. Il ne se passe plus rien, la mise sous cloche est violente, totale : irréversible ? Polluez tranquilles sur le reste de l’île, nos amis verts protègent malgré nous l’intégrité des requins bouledogues, c’est pour le bien de la planète ! Souvenons-nous de tous ces gens, ces organisations, ces politiques, ces responsables de parcs quand nous allons voter, quand il faut prendre position et hausser le ton. Il est des territoires où les revendications se font armes à la main (Corse). Faut-il du sang sur les verts pour que la voix des amoureux se fasse entendre ?
Ami waterman réunionnais, le combat semble bien inégal. Mais tu as raison, le respect, la négociation sont les seules issues pour faire avancer ta cause. Mais si un jour les positions bougent, le temps aura filé, les Bouledogues seront encore plus nombreux (ils sont en train de coloniser l’île voisine, Maurice)… Sous d’autres cieux, les kids auront appris la plus magique des glisses, celle sur l’eau. On les retrouvera sur ces fabuleux contests de watermen où ils montrent leur art du paddle, du prone, de la natation. Ils deviennent des « Aito », « arbre de fer » en Tahitien, de jeunes hommes solides, endurants, musclés, athlétiques : des champions équilibrés sur terre, grâce à la mer. A quand de petits Aito à la Réunion ? On rêve ?
Transamericana avec Rickey Gates











































































































































